La région du Bessin

Comme son nom l’indique, le Bessin est le pays de Bayeux. Le terme Bajocasses désignait une tribu gauloise, dont la cité principale, sur les bords de la rivière Aure, s’est d’abord appelée Augustodurum. Puis cette cité a pris le nom de ses anciens habitants pour aboutir donc à Bayeux (le même phénomène s’applique pour Lisieux, Avranches, Vieux, Evreux et même Paris). Sur Bajocasses s’est formé un adjectif dérivé, bajocassinus, ayant le sens de « qui appartient à la cité des Bajocasses ». Cet adjectif a donné régulièrement le mot Bessin (comme Lieuvin renvoie à Lisieux et Roumois à Rouen).

S’il est assez aisé de définir ce pays par son étymologie, il est plus délicat d’en tracer les limites géographiques précises. Au nord, certes, le littoral; à l’Ouest la Vire, d’Isigny à Saint Fromont. A l’Est la rivière de la Seulles, approximativement de Condé sur Seulles jusqu’à l’embouchure, sépare le Bessin de la plaine de Caen. Quant à la limite Sud, elle semble beaucoup plus imprécise, du dire même d’Edmond De La Laheudrie. (1). Cette limite suit à peu près la coupure géologique des shistes de la forêt de Balleroy : la ligne de séparation entre le Bessin et donc, au Sud, le Bocage Virois et Saint Lois emprunte le tracé suivant : la route départementale Périers – Bayeux du pont de Saint Fromond sur la Vire jusqu’au pont sur l’Elle, puis la rive droite de l’Elle jusqu’au pont de pierre situé au dessous de la ferme de la Trouerie à Ste Marguerite d’Elle, puis la ligne de séparation de la Manche et du Calvados. Elle passe entre Vaubadon et Tronquay puis par les communes de Castillon, Trungy, Ellon et Condé sur Seulles.

Ainsi défini, le Bessin a une superficie d’environ 50 000 hectares. Sa longueur du pont du Vey sur la Vire au pont de Reviers sur la Seulles est en ligne droite de 49 kilomètres. Sa profondeur, depuis la falaise de Saint Pierre du Mont jusqu’à l’extrémité de l’ancienne paroisse de Saint Laurent de Rieu, au sud, de 22 kilomètres environ : il est formé :

1-   par toutes les paroisses de l’ancien doyenné de Trévières. 2-   par la moitié à peu près des paroisses du doyenné de Couvains dans sa partie Nord. 3- par toutes les paroisses de l’ancien doyenné de Campigny, en particulier les communes du Molay et de Littry (à présent une seule commune). 4-   par la ville de Bayeux et sa banlieue. 5-   par les paroisses du doyenné de Creully situés à l’ouest de la Seulles.

(1) Histoire du Bessin des origines à la Révolution. T.I et II. Caen 1930

Au Moyen Age, selon Lucien Musset, le Bessin s’étendait jusqu’à l’Orne, beaucoup plus à l’ouest. Les toponymes actuels Secqueville en Bessin, Putot en Bessin, Norrey en Bessin, Monts en Bessin s’appliquent à des communes qui sont nettement dans la plaine de Caen ou le Bocage.

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                Jusqu’au début des Trente Glorieuses, c'est-à-dire vers 1960, le Bessin s’est caractérisé par un paysage d’herbages de pommiers clos de haies le plus souvent plantées d’ormes. Au terme de presque deux siècles de remplacement des labours par un couchage d’herbe systématique dans tout le courant du XIX, l’activité agricole s’est concentrée autour des activités laitières et de l’entretien des haies. Les fermes y étaient assez importantes avec une abondante main d’œuvre, les domestiques femmes s’occupant de la traite, des domestiques hommes des travaux avec les chevaux. C’est cet univers qui est évoqué par nos témoins dans nos enregistrements effectués entre 1975 et 1985 auprès d’anciennes bonnes de ferme et de valets. Depuis les années soixante, l’arrivée du maïs a coïncidé avec un passage brutal dans l’agro-alimentaire et la course au rendement. Les petites et moyennes exploitations ont peu à peu disparu, ainsi qu’une bonne partie du paysage de haies bocagères. Enfin la mécanisation (machines à traire et tracteurs) a considérablement réduit le nombre d’actifs agricoles.